Petits poèmes ou poésies : le mois de décembre | Tra~lala~lala

Tout au long de l’année, je voua ai mis des petits poèmes sur les mois (par exemple ici).

Mais commençons par élucider un mystère : quelle est la différence entre poème et poésie ???? La poésie est un genre littéraire, comme le théâtre, le roman… Donc on n’apprend pas une poésie mais un poème, qui est un texte court, une pièce de poésie.

Pour terminer l’année, voici de plus longs poèmes qu’à l’accoutumée, que j’ai sélectionnés parmi la multitude d’oeuvres sur décembre.
La tâche ne fut pas aisée car souvent « hiver, décembre » sont des allégories de la vieillesse, la mort qui guette…

En tant qu’enseignante à l’école primaire du XXI°s (avec un public qui a évolué), je considère que la poésie ne doit pas être vécue par les élèves comme une contrainte, une « punition », un calvaire, mais comme la découverte de mots qui chantent, savamment associés pour donner au texte un rythme et comme la découverte de poèmes, servant de départ à des  exercices pour mieux articuler, entraîner sa mémoire et présenter aux autres de jolis textes. On y découvre plein de secrets, de sous-entendus, la moindre lettre peut être choisie avec soin (voir l’analyse du « dormeur du Val » que j’avais faite dans cet article).

En ce qui me concerne, voilà comment je vais procéder pour le poème de décembre …
Je vais expliquer à mes élèves (CM1 – CM2) que le choix n’était pas aisé car décembre est parfois associé à la mort, à la misère, mais que j’ai sélectionné quelques poèmes sur le mois de décembre.

La plupart du temps, au cycle 3, je laisse à mes élèves le choix parmi plusieurs textes. Je les lis (en plusieurs fois), en mettant le ton, le rythme, l’émotion. On en parle (sonnet, vers libres, longueur, vocabulaire…). Certains élèves  en choisissent plusieurs ! C’est comme la musique classique ou le jazz : si on y croit, les enfants aussi !

Je ne mets pas de note, mais 2 appréciations : une pour la récitation, une pour l’illustration (ils peuvent coller des feuilles d’arbre, du coton, faire des empreintes, utiliser les outils qu’ils veulent, dessiner ce qu’ils entendent ou ce qu’ils ressentent…). Les élèves timides peuvent réciter de leur place au lieu d’aller devant les autres et les élèves en très grande difficulté peuvent la réciter une partie, lire le reste (avec une évolution en cours d’année). J’ai trop eu d’instits dans ma jeunesse qui nous faisaient passer « à la chaîne », on entendait 30 fois le même texte, des copains se faisaient disputer… bref ! je ne veux plus vivre ça, même si c’est moi qui suis de l’autre côté !

Sinon, pour retenir un poème, voici différentes techniques : tout d’abord, ne pas tout apprendre d’un coup, le lire plusieurs fois, le recopier sur une ardoise et effacer les verbes, puis les noms etc, commencer par la fin (dernier phrases, puis 2 dernières phrases…). L’illustration joue un rôle important car elle permet de visualiser la « scène ». Contextualiser (pourquoi ça a été écrite, à quelle époque, par qui… ) permet de donner du sens. Si « ça ne veut pas rentrer », lire le poème juste avant d’aller se coucher. La mémoire l’enregistrera pendant la nuit. Ne pas s’y prendre à la dernière minute pour éviter les angoisses.

Mais je discute, je discute… et vous qui cherchiez des poèmes !

Voici donc ma sélection, triée par ordre alphabétique d’auteur :

*

Beau soir d’hiver

Jules Breton (1827 – 1906)

La neige – le pays en est tout recouvert -
Déroule, mer sans fin, sa nappe froide et vierge,
Et, du fond des remous, à l’horizon désert,
Par des vibrations d’azur tendre et d’or vert,
Dans l’éblouissement, la pleine lune émerge.

A l’Occident s’endort le radieux soleil,
Dans l’espace allumant les derniers feux qu’il darde
A travers les vapeurs de son divin sommeil,
Et la lune tressaille à son baiser vermeil
Et, la face rougie et ronde, le regarde.

Et la neige scintille, et sa blancheur de lis
Se teinte sous le flux enflammé qui l’arrose.
L’ombre de ses replis a des pâleurs d’iris,
Et, comme si neigeaient tous les avrils fleuris,
Sourit la plaine immense ineffablement rose.
*

*

*

Lied

Théophile Gauthier (1811 – 1872)

Au mois d’avril, la terre est rose,
Comme la jeunesse et l’amour ;
Pucelle encore, à peine elle ose
Payer le Printemps de retour.

Au mois de juin, déjà plus pâle
Et le coeur de désir troublé,
Avec l’Eté tout brun de hâle
Elle se cache dans le blé.

Au mois d’août, bacchante enivrée,
Elle offre à l’Automne son sein,
Et roulant sur la peau tigrée,
Fait jaillir le sang du raisin.

En décembre, petite vieille,
Par les frimas poudrée à blanc,
Dans ses rêves elle réveille
L’Hiver auprès d’elle ronflant.

*

*

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Nuit de neige

Guy de Maupassant (1827 – 1906)

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d’un bois.

Plus de chansons dans l’air, sous nos pieds plus de chaumes.
L’hiver s’est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l’horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu’elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s’empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu’elle darde,
Fantastiques lueurs qu’elle s’en va semant ;
Et la neige s’éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu’au jour la nuit qui ne vient pas.

*

*

*

Quand par le dur hiver…

Jules Verne (1828 – 1905)

Quand par le dur hiver tristement ramenée
La neige aux longs flocons tombe, et blanchit le toit,
Laissez geindre du temps la face enchifrenée.
Par nos nombreux fagots, rendez-moi l’âtre étroit !

Par le rêveur oisif, la douce après-dinée !
Les pieds sur les chenets, il songe, il rêve, il croit
Au bonheur ! – il ne veut devant sa cheminée
Qu’un voltaire bien doux, pouvant railler le froid !

Il tisonne son feu du bout de sa pincette ;
La flamme s’élargit, comme une étoile jette
L’étincelle que l’oeil dans l’ombre fixe et suit ;

Il lui semble alors voir les astres du soir poindre ;
L’illusion redouble ; heureux ! il pense joindre
A la chaleur du jour le charme de la nuit !

*

*

*

Décembre

Emile Verhaeren  (1855 – 1916)

- Ouvrez, les gens, ouvrez la porte,
je frappe au seuil et à l’auvent,
ouvrez, les gens, je suis le vent,
qui s’habille de feuilles mortes.

- Entrez, monsieur, entrez, le vent,
voici pour vous la cheminée
et sa niche badigeonnée ;
entrez chez nous, monsieur le vent.

- Ouvrez, les gens, je suis la pluie,
je suis la veuve en robe grise
dont la trame s’indéfinise,
dans un brouillard couleur de suie.

- Entrez, la veuve, entrez chez nous,
entrez, la froide et la livide,
les lézardes du mur humide
s’ouvrent pour vous loger chez nous.

- Levez, les gens, la barre en fer,
ouvrez, les gens, je suis la neige,
mon manteau blanc se désagrège
sur les routes du vieil hiver.

- Entrez, la neige, entrez, la dame,
avec vos pétales de lys
et semez-les par le taudis
jusque dans l’âtre où vit la flamme.

Car nous sommes les gens inquiétants
qui habitent le Nord des régions désertes,
qui vous aimons – dites, depuis quels temps ? -
pour les peines que nous avons par vous souffertes.

*  *  *

Sinon, il y a toujours le site de mon amie Rachel, sur lequel vous trouverez des poèmes sur les sapins, Noël… Allez y faire un tour, c’est très riche, trié par niveau de difficulté…

* * *

… et si vous en avez 2 minutes, merci de laisser votre avis sur cet article ! ;)

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1 Comment

  • coboustu dit :

    Retour de classe : j’ai testé avec mes CM … une majorité des élèves préfère le poème du belge Verhaeren, mais tous les poèmes ont été choisis au moins une fois. Les choix surprennent parfois. Les raisons aussi (sonorité, mots qui plaisent, style..). Un élève va m’apporter un autre poème sur ce mois de décembre….
    Certains ont fait remarquer que la longueur d’un texte ne correspond pas forcément à son niveau de difficulté. Une élève a même dit, avec simplicité, que ce qui compte est le registre de langue utilisé ! … (et c’est dans ces moments-là par exemple que je me sens fière d’eux ! :) )

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